BLOOD BAR – CHRONIQUE LITTERAIRE DE THIERRY BELLEFROID (RTBF, 07 janvier 2010)

BLOOD BAR - CHRONIQUE LITTERAIRE DE THIERRY BELLEFROID (RTBF, 07 janvier 2010)

Littérature » article

“Blood Bar”: un roman écrit à l’hémoglobine

07.01.10 – 11:47

C’est un livre de genre, mais un livre de genre inclassable. On aurait envie de dire gore, tant le sang est omniprésent dans cette histoire d’anticipation. Mais sa fonction est particulière. Dans une Amérique en perdition, le sang est en effet devenu la boisson la plus prisée.

Ça commence sur les chapeaux de roues, par un gigantesque carambolage sur une autoroute périphérique. Avant l’arrivée des forces de l’ordre, d’étranges hommes en noir débarquent sur les lieux, sinuent entre les voitures et les blessés. Ils récupèrent le sang des victimes. Parmi celles-ci, un couple mort sur le coup. Leur petite fille – mais était-ce bien la leur ? – a échappé à la catastrophe, indemne. Elle erre sans but dans la campagne environnante, elle a oublié qui elle était. Elle va perdre la parole pour le restant de ses jours. Et bientôt, une meute avide va tenter de mettre la main sur cette enfant pas comme les autres.

En réinventant ou plutôt en réinterprétant le mythe du vampire, Daph Nobody, jeune romancier par ailleurs actif dans le domaine du cinéma, nous propose une sorte de road-movie et de chasse à l’homme dans une Amérique en décomposition. Il y a eu l’Eté de la Grande Soif. Et cet été-là, les hommes ont perdu leurs repères et leur humanité. On a tué pour de l’eau. On a trahi. On a violé. On a découvert au plus profond de soi ce qu’était la soif. Et sont apparus les “blood bars”, ces bars où le sang se vend en cocktails, attirant une faune de ratés, de dégénérés et de drogués de tout poil.

Pas besoin de vous faire un dessin, ce livre est noir, noir sang. Les personnages principaux ont tous leur part d’ombre, y compris le héros “positif”, Jooze, un homme au crépuscule de la vie, qui va se lancer sur les traces de ceux qui ont brisé le fil ténu du bonheur et se sont attaqués à sa femme, durant l’Eté de la Grande Soif. Sa quête sera sans retour, il le sait. Et elle l’amènera à découvrir des secrets bien gardés, parfois très différents de ce qu’il pensait être la vérité.

Au milieu de tout cela, la petite fille sans mémoire et muette n’est pas que l’image de l’innocence, loin de là. Elle apparaît dès les premières pages comme le vampire suprême, assoiffée de sang, qu’il soit humain ou animal. D’où vient-elle ? Qui est-elle ? Pourquoi certains sont-ils prêts à tuer pour la retrouver ? C’est l’objet principal du suspense que déroule Daph Nobody tout au long de ces 500 pages.

Un premier roman surprenant, hors-norme, mais parcouru de longueurs. Ramassé en deux cents pages, le propos aurait été plus fort, l’attention du lecteur ne se serait pas relâchée. A vouloir raconter tous les passés de tous les protagonistes, à vouloir courir derrière toutes les sous-intrigues, Daph Nobody s’essouffle plus d’une fois. Mais il nous propose un livre qui laisse une trace, une trace rouge sang. Et quelques sacrés frissons.

Thierry Bellefroid

Blood bar, par Daph Nobody, éditions Sarbacane

Crédit photo : RTBF

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~ by daphnobody on February 7, 2010.

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